Mémoire ouvrière

Webreportages

Avant que la page ne se tourne définitivement sur le passé industriel de Caen, des street artistes rendent un vibrant hommage aux maisons des anciens ouvriers dont la mémoire disparait dans l'indifférence générale. Symbolique.


WEBREPORTAGE de Jean-Christophe Buchot on Creative Arte
Images, audio, réalisation.

Reportage audio dans "Ca commence à bien faire", 1er novembre 2011, Radio 666

Ce film du Spectateur sur le travail de Sane2 (et ses troupes) avant la démolition des maisons ouvrières au Clos Joli (Caen) a été sélectionné par le Festival Rue-Stick (Street Art) de Puteaux 2012.

Ils s'appellent Sane2, Vénus, Max, Mat, et les autres... A Caen, avant que les maisons HLM du Clos Joli ne soient détruites dans la plus grande indifférence, ces graffeurs de l'association Aéro utilisent leurs bombes de couleurs pour rendre hommage à ce quartier ouvrier et surtout à la mémoire des anciens. Face à leurs fresques, tous les badauds, enfants et vieux métalos, finissent par s'émouvoir de la destruction annoncée pour début 2012. Comme quoi... Portrait/interview de Jérôme Lelièvre, alias Sane2.

En savoir plus sur l'association : www.aero.fr
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"Le regard ne fait que passer..."

WEBREPORTAGE de Pierre Laurent
Texte, images, réalisation.
Musique Superpoze

Sur une route pratiquée déjà plusieurs fois, le regard ne fait que passer sur les bâtiments ternes et gris. Mais ici, avenue Georges Clémenceau à Caen, on n’a d’autre choix que de regarder et de s’attarder sur les couleurs et les formes qui ont conquis les façades à l’abandon des maisons du Clos-Joli, quitte à se faire klaxonner lorsque le feu passe au vert.

Ces maisons furent construites à la grande époque de l’industrie Caennaise, dans l’entre-deux guerre, afin de loger les ouvriers qui travaillaient dans les grandes entreprises de l‘époque. La plupart de ces usines ont fermé depuis, notamment la SMN (Société Métallurgique de Normandie) et Moulinex. Les anciens ouvriers, quant à eux, sont restés.

Jérôme, fils d’ouvrier et membre de l’association Aero, a vu le jour dans le quartier Saint-Jean-Eudes. Ce quartier ouvrier était « comme un petit village : si on avait besoin de pain, on allait frapper chez le voisin ! Tout le monde se connaissait ! ». Jugées peu rentables financièrement par Caen Habitat, le propriétaire des lieux, les premières maisons ont été détruites dans l’année 2010, et le reste du quartier le sera avant la fin de l‘année. « Personne ne s’en est aperçu, personne ne s’en est ému » déplore Jérôme, qui a décidé après ce constat de mener une action à sa manière : il est allé proposer les services de son association de graffiti à la mairie de Caen dans le but « d’interpeler les gens sur le passé de ce quartier ». La mairie, après hésitations, n‘a rien voulu savoir. Sans autorisation ni subventions, mais ce projet lui tenant à cœur, il a commencé son travail sur les maisons abandonnées et vouées à la destruction, bientôt rejoint par d’autres membres de l’association.

Depuis quelques mois désormais, ils viennent peindre ces murs sur leur temps libre. Les gens du quartier apprécient l’initiative. « Bien souvent, ce sont des personnes plutôt âgées qui s’arrêtent et viennent voir, touchées par le message et notamment le portrait du « métallo » », indique Jérôme. Car c’est ici une fresque à caractère social qui est peinte : l’histoire trop connue d’une grande entreprise qui fonctionne bien, mais malgré tout délocalisée dans un pays où la main d’œuvre est moins chère, délaissant les ouvriers parfois à quelques années de la retraite.

Cependant, l’aspect graffiti attire également les plus jeunes, nombreux aujourd’hui à observer les trois graffeurs présents. Un des objectifs de ce travail est « de recréer un peu de lien social dans le quartier et amener les gens à s’arrêter » pour contempler tant les peintures que les maisons et discuter avec les habitants. « Ils auraient pu classer ces maisons en tant que patrimoine historique, elles ont traversé la guerre ! Ils ont préféré tout démolir » finit Jérôme, avant de repartir peindre.

Des peintures à voir avant novembre 2011, avant que tout ne s’écroule.

www.pier-h2o.blogspot.com

 

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Petit BONUS pour ceux sont descendus en bas de la page ;-) SANE2 en plein travail MEMOIRE OUVRIERE



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«Mon dessein n'est de penser ni bien ni mal, mais simplement de recueillir fidèlement ce qui me vient d'après le tour d'imagination que me donnent les choses que je vois ou que j'entends.»
Marivaux - Le Spectateur Français (1721)