Le Spectateur

Face à une situation inédite, irréelle...

Le MagLab

Journal de confinement. L’écrivain Wajdi Mouawad tient son journal depuis le 17 mars. Je fais de même. J’ai eu immédiatement ce réflexe d’écrire, comme une respiration nécessaire...


Temps modernes, Mouawad diffuse son journal de confinement en podcast sur SoundCloud. Je ne suis pas seul à éprouver ce besoin de rester en contact avec le reste du monde, en continuant à faire ce que je sais faire : écrire pour dire ce qui en moi se dit ou parler des autres. "Bon qu’à ça."

Nous sommes déjà des milliers, des millions dans le monde à faire comme Wajdi Mouawad. Écrire un journal lyrique ou déjà parodique. Et c’est très bien. Ça peut paraître vain – ça ne l’est pas pour nous qui écrivons. Car si lire est une thérapie, écrire en est une plus forte encore. Vous devriez essayer, tiens ! Sans censure ni ambition. Vous garderez tout ça pour vous. Ou pas, si, comme moi à l’instant, vous jugez que cela peut aider à apaiser en ces temps troublés, peut-être. Écrivez sur vos désirs, vos joies, vos colères. Et vos peurs bien sûr. L’écriture permet la méditation, l'objectivation, la distanciation et plein d'autres rimes en -tion. Elle autorise à vivre libre entre les murs : ne vous en privez pas!

Installez-vous confortablement, puis laissez-vous couvrir la feuille de petits signes, comme ça vous vient… Vous rectifierez après, ou pas, c’est égal. Ni bien, ni mal, "en dépit de toutes les fautes d’orthographe." Quelles ressources les cellules de votre corps trouveront-elles face à vos imaginations? On le sait : penser la chose, c’est quasi la vivre. Ne cherchez pas à réprimer vos émotions, au contraire. Laissez-les s’exprimer sur une feuille de papier pour mieux dialoguer avec elles.

Ce ne sont pas les sportifs qui ont inventé les bienfaits de l’imagerie mentale avant une compétition, mais les écrivains, les artistes. Souvenons-nous de nos sœurs et de nos frères, hommes et femmes des cavernes qui dessinaient et gravaient dans l’obscurité, sur des parois secrètes, des scènes de chasse réalistes, abstraites ou fantastiques, des sexes féminins et masculins, des signes géométriques et des symboles, des mains tendues* plus ou moins éloignées les unes des autres mais ouvertes comme pour chercher peut-être à mieux vivre, seuls, ensemble, face aux forces invisibles.

Jean-Christophe Buchot
*Un article de Futura sur les temps plus anciens, toujours d'actualité à lire ici.
 



Petite philosophie professionnelle

«Mon dessein n'est de penser ni bien ni mal, mais simplement de recueillir fidèlement ce qui me vient d'après le tour d'imagination que me donnent les choses que je vois ou que j'entends.»
Marivaux - Le Spectateur Français (1721)